Le château de Valprivas, sur les marches du Forez et du Velay, s’ouvre au public et révèle ses secrets…

Daté du XIVe siècle pour ses parties les plus anciennes, le château de Valprivas tel qu’on le voit en ce 21e siècle , est un témoin de l’histoire. Ses vieilles pierres ont traversé les âges… Du XIVe au XVIe, ou encore du XVIe au XVIIIe, chaque époque a laissé sa trace dans l’édifice d’origine médiévale.
En bas, dans la cour carrée, une vieille porte en bois ornée de fer forgé, sous un fronton polychrome Renaissance … C’est le clou de la visite : L’entrée de la chapelle Saint-Agathe-de-Catane. Là, se trouve le plus grand trésor du château : deux peintures murales du XVIIe siècle . La Résurrection d’un côté et l’Enfer de l’autre.

Découverte des lieux avec son propriétaire : « Quand mon épouse et moi-même avons acheté ce château, j’avais envie de vieilles pierres dans un cadre calme et rural… »

 

Mais avant, un peu d’histoire…

Le plus ancien titre connu du château de Valprivas remonte au Xe siècle, vers 935. « Les châteaux étaient alors en bois », rappelle Pierre Dufetel. « puis,durant la première partie de la Guerre de 100 ans il fut fortifié par une famille chevaleresque pour faire face aux hordes de mercenaires ravageant les campagnes , sous l’injonction du roi Charles V. L’édifice s’est depuis peu à peu transformé…

Doté d’une fonction militaire jusqu’au XVe siècle, avec ses hourds (aujourd’hui disparus), son chemin de ronde et ses meurtrières, il a été embelli à la fin du XVIe siècle pour devenir à la Renaissance un lieu d’habitation agréable et confortable et ce notamment grâce à l’un de ses illustres propriétaires : Antoine du Verdier, humaniste et bibliographe français. Dès 1577, il fait du château de Valprivas sa maison de campagne. Il multiplie alors les ouvertures pour faire entrer la lumière et le reprend dans un style à l’italienne.

Plus tard, au XVIIIe siècle, le besoin de lumière se fait encore plus grand. Dans les façades du château, les baies s’agrandissent, notamment sur l’aile sud.


Disposé en fer à cheval autour d’une cour carrée, le château de Valprivas s’ouvre sur un logis finement décoré et riche de plusieurs influences. Deux galeries à l’italienne sur croisée d’ogives, habillent la façade gothique et apportent à la bâtisse rurale, un air citadin, proche des maisons bourgeoises lyonnaises. Sur la tour d’escalier, les sculptures en bas-relief qui encadrent la porte sont de la même époque, représentant Mars et Minerve. Aujourd’hui grandement endommagées par la Révolution et le temps elles devraient faire l’objet cette année d’une campagne de restauration.


Enfin l’aile droite, au nord, est occupée par une chapelle au plan carré, elle aussi voûtée sur croisées d’ogives de style gothique flamboyant (XVe siècle).

 

Antoine du Verdier : un illustre propriétaire du Château de Valprivas

« Antoine du Verdier est un homme à plusieurs casquettes. Et j’aime les gens pluridisciplinaires », déclare Pierre Dufetel qui étudie l’histoire du château et de ses anciens propriétaires depuis son installation en Haute-Loire, en 2015.

Parmi eux, Antoine du Verdier a retenu son attention. C’était selon lui un grand homme. Doté d’une grande intelligence. « Un érudit » dit-on à l’époque.

Intendant de Lyon à l’époque de son installation à Valprivas (collecteur des impôts du Lyonnais), il termina sa carrière en 1600 comme Conseiller du Roi, gentilhomme ordinaire de la Maison du roi . Antoine du Verdier était aussi un homme de lettres. « Il avait une bibliothèque fameuse ! il fut l’un des auteurs de la première anthologie de la littérature française en 1585? » il rendit le château de Valprivas célèbre, en y créant sa librairie. « Sa maison d’édition », dirions-nous aujourd’hui , précise le châtelain. Il fut aussi un homme politique qui défendit à Lyon par ses écrits le parti du Roi contre la Ligue, ce qui valut au château de Valprivas en 1591 d’être bombardé et saccagé … Un archer fut retrouvé sous la chapelle avec le thorax transpercé d’une flèche lors de la réhabilitation du château dans les années soixante du siècle précédent. Antoine du Verdier n’est que trop peu connu en France et en Haute-Loire « aucune rue, place ou boulevard ne porte son nom, pas même à Valprivas !

Mais quelle ne fut pas ma surprise de découvrir une « rue Antoine-du-Verdier » à Québec, lors d’une promenade avec ma fille ! », confie Pierre Dufetel. La mort d’Antoine du Verdier étant en effet contemporaine de la fondation de la Nouvelle France au début du XVIIème siècle.

Pour la petite histoire, l’illustre propriétaire du château est mort à Duerne dans la région lyonnaise à 56 ans alors qu’il préparait le deuxième mariage d’Henri IV avec Marie de Médicis ! « C’est ce que j’aime dans l’histoire locale. Quand elle croise le chemin de la grande Histoire ! »

 

Les deux peintures exceptionnelles de la chapelle Sainte-Agathe-de-Catane

« C’est le clou de la visite ! », révèle le propriétaire des lieux. La petite chapelle castrale de 25 m², consacrée en 1493, conserve en effet deux importantes peintures murales du début du XVIIe siècle. Sur sa paroi orientale, la Résurrection est illustrée sous l’arc formé par la voûte (en face sur la photo). C’est une vaste peinture murale, semi-circulaire, de 5 m de large sur 2 m de haut, d’influence italienne. « Très Renaissance, avec ses trois grâces » Une première peinture caractéristique de l’école de Primatice, de Fontainebleau.

De part et d’autres de la Résurrection se tiennent deux groupes de donateurs à genoux. Parmi eux, Antoine du Verdier (à gauche) et son fils aîné, Claude du Verdier (à droite), le commanditaire de ces œuvres vers 1625.

Sur le mur sud voisin, une autre peinture murale se dessine… Cette fois, L’Enfer. Une composition inscrite dans le tympan-lunette de la chapelle, cette fois caractéristique de l’école de Rubens, mis au jour en 1969 sous les plâtres. « C’est celle que je préfère, confie Pierre Dufetel. Elle est moins statique, plus riche en mouvement. » Une descente aux enfers, obscure, peuplée d’animaux fantastiques et de créatures inquiétantes qui participent à la chute des âmes dans la fournaise infernale « Sans aucun doute une œuvre unique », termine le propriétaire.

La chapelle est classée Monument historique depuis 1960.

 

Le château de Valprivas, un écrin historique pour l’art et la musique

Au début des années 60, le château de Valprivas était en ruine. Mais une équipe de jeunes Vosgiens, parmi lesquels Carl de Nys, musicologue renommé, prêtre catholique et historien de la musique (qui a d’ailleurs donné son nom à la place où s’élève le château), ainsi qu’Hélène Salomé, pianiste, tout-deux sous le charme du domaine, rachètent la bâtisse avant de la remettre en état. De lourds travaux de sauvetage et de réaménagement furent engagés…

Ensemble, ils créeront le Centre culturel du château de Valprivas , organisant des concerts ainsi qu’un enseignement musical. Et le château devint alors un haut lieu de culture dans la région !
« Les pierres ont une mémoire… », souffle Pierre Dufetel, désireux de redonner au château son aura d’antan. Pour renouer avec ce passé, lui et son épouse, Hélène Lamarque, ont décidé de créer une association à leur tour : Les Amis du château de Valprivas. pour soutenir a nouvelle activité culturelle du château.

Les manifestations musicales étant traditionnellement organisées dans la salle de concert du château, au premier étage de la maison forte, le couple a plus que jamais décidé de lui adjoindre des expositions d’art plastiques dans une salle de monstration réaménagée à cet effet …

C’est là, en haut de l’escalier en colimaçon taillé à l’herminette au XIVe siècle, et après les galeries à l’italienne de l’époque d’Antoine du Verdier s’ouvre une porte, sur le cœur névralgique de l’activité du château : la salle de concert , créée il y a près de 40 ans, c’ est une salle richement décorée où trône un piano, ainsi qu’une centaine de places, prêtes à accueillir les spectateurs cet été.

Les Amis du château de Valprivas accueilleront en effet, le dimanche 3 juillet, la grande violoncelliste et compositrice Sonia Wieder-Atherton, accompagnée de sa pianiste. Depuis quelques années, la musicienne met en espace des spectacles musicaux Chants Juifs pour violoncelle et piano, sur des textes de sa composition.

Ce jour-là, elle sera aussi accompagnée de l’artiste peintre Colette Brunschwig, née en 1927. Celle-ci, passionnée d’art chinois, proposera en parallèle du concert de son amie, l’exposition de ses œuvres contemporaines qui sera montrée tout le mois de juillet à Valprivas, Elle puise l’inspiration dans la métaphysique juive et la Chine antique.

 

A la rentrée de septembre, le château de Valprivas devrait aussi accueillir un nouveau concert, cette fois de musique Renaissance avec la participation d’un groupe local.

 

Les visites sont organisées uniquement sur réservation en juillet et en août. Contacter les propriétaires pour convenir d’un rendez-vous par mail à : info@chateaudevalprivas.com ou sur Facebook : @chateaudevalprivas.
Pour plus d’informations sur le site www.chateaudevalprivas.com