« Ma vie de château » : rencontre avec trois châtelains altiligériens

Et si le secret le mieux gardé d’Auvergne était du côté des châteaux de Haute-Loire ? Rencontre avec trois châtelains parmi les quarante châteaux que compte le département. Interviews.

Le château de Volhac du XIe siècle, à Coubon

Votre histoire avec ce château ?

Anne Muller : « Nous avons acheté le château en 1989, sans être fortunés. Nous sommes, comme on dit, des nouveaux châtelains ». C’est avant tout une démarche liée à notre passion pour le patrimoine. Elle nous a animé toute notre vie. Mon mari étant ancien ébéniste spécialisé dans la restauration et moi-même, historienne de l’Art et peintre en restauration de tableaux.

La restauration ?
Le château, à notre arrivée, était en très mauvais état mais on a choisi « d’habiter dans les travaux ». On a toujours voulu en faire un lieu ouvert à la culture avec des concerts, des spectacles dans le parc et des stages de peinture.

Une singularité ?
Le château veille depuis mille ans sur les rives de la Loire. Il occupait, au Moyen-Âge, une position stratégique sur la route reliant le nord au midi de la France, en passant par Le Puy-en-Velay. Un souterrain, toujours visible et praticable aujourd’hui, construit dans les fondations et maçonné d’orgues basaltiques menait au fleuve pour assurer l’approvisionnement en eau ou la fuite en cas de siège.

Votre quotidien ?
Un châtelain passe son temps à bosser pour son château et les voyages se transforment en allées et venues de sacs de ciment. On a mis tout ce qu’on avait, notre temps, notre passion et on a réussi à conserver l’âme de la maison. On a respecté ce lieu et aujourd’hui, on habite l’Histoire, on habite le temps tout en vivant avec le monde d’aujourd’hui ».
Envie de le visiter ? Visites libres tout au long de l’année sur rendez-vous et visites guidées en juillet/août. http://www.volhac.com/

Envie de le visiter ? Visites libres tout au long de l’année sur rendez-vous et visites guidées en juillet/août : www.volhac.com

 

Le château d’Esplantas du XIIe siècle à Saugues

Votre histoire avec ce château ?

Dominique Servant : « Je me passionne depuis l’enfance pour les châteaux et particulièrement pour l’époque médiévale. Installé à Langeac comme chirurgien-dentiste en 1985, j’ai eu un coup de foudre pour le château d’Esplantas : la qualité du bâti, l’ancienneté, son histoire.

La restauration ?

Au XIXe, le château a été transformé en ferme, puis abandonné par les agriculteurs et à notre arrivée, les dépendances du château servaient uniquement pour le stockage : la cuisine médiévale était un atelier de forge et le salon boisé, un atelier de menuiserie. En 1985, le château était morcelé entre trois propriétaires. J’ai mis 20 ans pour acquérir l’ensemble du château. Il a fallu persévérance et ténacité !

Une singularité ?

Le donjon est unique en Haute-Loire. On a pu, par l’analyse de 11 pièces de bois, dater son origine : du bois de chêne abattu dans l’hiver 1252. Le donjon est copié sur Philippe Auguste, roi de de France et inventeur des donjons circulaires. Odilon de Mercœur, le bâtisseur du château a souhaité reproduire à l’identique la technologie royale.

Votre quotidien ?

On donne tout, sa vie privée, tout. Un château, c’est une œuvre journalière ! »

Envie de le visiter ? Des visites guidées sont organisées de mi-juillet à la fin du mois d’août.

 

Le château de Bouzol du XIe siècle, à Arsac-en-Velay

Votre histoire avec ce château ?

Jean-Louis De Brive : « Je suis un maillon dans l’histoire et la transmission de ce château. Je ne suis pas né dedans et j’en ai hérité tard, en 2005.Très jeune, je me souviens les étés de jouer dans le château. J’ai fait une carrière de militaire qui m’a amené loin de la Haute-Loire, mais dans des situations difficiles, je rêvais du château, de sa terrasse et de sa magnifique vue sur la Loire sauvage.

La restauration ?
Le château est rentré dans la famille en 1808, dans un état de ruines et mon arrière-grand-père a commencé la restauration. Aujourd’hui je m’assure de conserver et entretenir l’existant : je vais finir de restaurer cette année tous les zincs de la Tour de l’Oratoire. Pour connaître l’évolution du bâti de la citadelle, je m’entoure aussi d’étudiants en archéologie qui font des relevés pour dater avec précision les époques.

Une singularité ?
Un fossé intérieur taillé dans le rocher qu’on ne discerne pas de l’extérieur. Une douve secrète, une véritable souricière. Un système défensif ingénieux qui rendait le château imprenable !

Votre quotidien ?
Animer et partager ! En 2013, à ma retraite, j’ai créé une association, ouvert le château au public, et désormais je proposé les étés une programmation culturelle les « Lundis de Bouzols » autour de la musique lyrique, le théâtre. C’est aussi partager l’histoire avec les scolaires sur l’époque médiévale. Le tout avec une finalité : transmettre à la prochaine génération pour que tout cela continue. »

Envie de le visiter ? Des visites guidées ont lieu de fin juin à mi-septembre : www.bouzols.fr